2025 Sous Le Capot : la FELINN (2/2)

Quand vous visitez un site web (ou n’importe quoi sur internet) votre ordinateur (ou tablette ou ordiphone) visite en réalité l’ordinateur de quelqu’un d’autre (souvent celui de jeff bezos dans un data center d’amazon). Ces ordinateurs, constamment connectés à internet et contenant les données des sites sont appelés « serveurs » et ils appartiennent à un hébergeur.

Internet s’est beaucoup centralisé autour de quelques gros hébergeurs comme Amazon ou Google, ou OVH en France. Ça permet d’optimiser les ressources en mutualisant, mais les gros data centers ont un impact écologique assez cata [source : https://www.laquadrature.net/moratoire-data-centers/ ] et c’est pas un système très résilient.

Pour lutter contre cette concentration des ressources et exploitation des données, on va plutôt se tourner vers des hébergeurs de services web plus petits, plus locaux, avec un système économique différent et un engagement éthique. On vous conseille d’aller voir du côté des CHATONS [Collectif d’Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires] collectif qui rassemble des hébergeurs qui prennent des engagements éthiques, techniques et juridiques via une charte assez contraignante.

Mais nous aujourd’hui on va vous parler de notre nouvel hébergeur (voir épisode 1), un chat de gouttière lyonnais : la FELINN. Merci à Jérôme, eole, f00wl et Ummon du collectif d’avoir pris le temps de répondre à toutes nos questions !

Retrouvez la team Ville Morte et la FELINN lors des journées du logiciel libre sur le campus ENS Debourg le 30 mai 2026 ! (voir plus bas)

1. La FELINN c’est quoi ?

La Felinn c’est un fournisseur de services informatiques associatif, c’est l’axe principal. La raison d’être c’est de proposer aux gens et aux associations qui cherchent des alternatives aux GAFAMs, des services de qualité, un fournisseur qu’on connaît un minimum, en qui on peut avoir confiance pour héberger ses données, et avoir un fournisseur de services qui corresponde à son éthique, une alternative plus écologique, moins branchée capitalisme de surveillance que google par exemple.
On héberge nos propres services sur des serveurs qu’on possède et qu’on exploite, on apprend aux gens à se servir de ces services, on a aussi des missions d’éducation populaire aux enjeux du numérique.
On défend une certaine vision du numérique en pratique : on a des principes de lutter contre la surveillance, la centralisation du web, l’opacité des systèmes informatiques, qu’on met en pratique en fournissant ces services. De façon concrète on propose une alternative à google drive avec notre solution de Cloud.

2. Les différents services

Les services les plus utilisés, le cloud basé sur nextcloud hébergé à l’adresse brume.felinn.org. C’est pas uniquement un cloud pour gérer des fichiers, y a aussi des outils pour collaborer sur des documents en ligne, une application de kanban pour s’organiser, synchroniser son calendrier et ses tâches, ses contacts… Nextcloud permet de faire beaucoup de choses, c’est pour ça que c’est le service le plus utilisé, c’est une suite collaborative.
On a une messagerie instantanée qui est pas mal utilisée, Element basée sur le protocole Matrix.
On a une forge logicielle basée sur gitlab. On travaille surtout avec des associations, c’est la porte d’entrée principale.

3. Pourquoi c’est plus écolo ?

Les données transitent moins loin, ça fait moins de calculs et ça mobilise moins de serveurs. Chez Google les serveurs sont éparpillés dans le monde entier et les données sont dupliquées, on sait pas combien de fois, y a aucune transparence. En étant chez Google on donne des informations et donc de l’argent indirectement à une entreprise qui se fiche de développer des dizaines de milliers de serveurs dédiés à l’intelligence artificielle qui carburent bientôt à des centrales nucléaires autonomes. C’est une démarche complète que de renoncer à Google, c’est pas juste matériellement l’utilisation qu’on a de tel service.
Ce qui coûte le plus cher écologiquement dans le numérique c’est la fabrication de matériel, et nous on fait tourner ça sur des serveurs d’occasion, considérés comme obsolètes dans l’industrie. Par exemple on a récupéré notre serveur principal date de 2012 et allait être jeté à la poubelle, il servait à de la vidéosurveillance. On lui a donné une nouvelle vie et ça fait huit ans déjà ! Du matériel qui au lieu d’aller à la poubelle sert à des centaines de personnes, on lui a proposé une rédemption pour ses activités de vidéosurveillance.

Même côté terminaux, on encourage les gens à ne pas jeter leurs PC Windows juste parce que la nouvelle mise à jour est pas possible, on aide à faire de la transition vers des systèmes Linux, c’est pas le truc qu’on met le plus en avant mais informellement, autour de nous on a aidé pas mal de gens à transitionner et ça donne aussi une nouvelle vie à ton laptop ou ton téléphone. On a fait ça notamment aux Journées du Logiciel Libre à Lyon, des « install-party« .

On fait ça surtout de manière informelle, quand on aide les gens sur les services y a une part d’explication, ça donne du sens, les gens sont demandeurs. Y a aussi un aspect éducation populaire plus formel pas encore très développé mais on a organisé plusieurs soirées autour de ces thématiques là, de la vulgarisation, par exemple au Théâtre de l’Élysée.

4. Vous êtes où ?

Le siège social est au théâtre de l’Élysée, y a notre bureau (bleu) là bas, avec d’autres associations, notamment du spectacle. On y est depuis 2018. A la base – et ça montre bien comment on fonctionne – le bureau c’était un troc, en échange d’héberger le site internet du théâtre de l’Élysée, aider l’équipe à développer un site pour une autre asso et les aider sur leur vie informatique. Ça a duré plusieurs années, maintenant on paye ce bureau avec d’autres assos, on a un truc plus grand, ça c’est notre siège social.
Pour les serveurs, le principal qui répond quand on se connecte sur felinn.org il est au NetCenter de Vénissieux, un data-center détenu par SFR et opéré par plein d’acteurs, notamment une association qui s’appelait Rézopole et maintenant FranceIX, un noeud d’interconnexion, qui interconnecte des opérateurs entre eux, un point d’échange. Ça permet que quand Free et Google veulent échanger de la donnée ils sont pas obligés de passer par Paris ils peuvent s’interconnecter à Lyon ça évite que les données transitent plus loin. Nous on est arrivés là parce qu’on connaissait quelqu’un dans Rézopole, François Aubriot de Dotriver chez qui ummon a fait un stage en sortie d’études.
Quand on s’est demandé où on pourrait mettre notre serveur, dans un placard à la maison ça fait grave de bruit ça consomme un max d’élec en plus y a qu’une arrivée d’électricité si ça tombe en panne on est dans la merde, un vrai data-center ce serait pas mal, et François nous a branché sur Rézopole avec qui on partageait des valeurs. C’était du bouche à oreille autant pour les bureaux que pour le serveur.
On a un accès physique au data-center mais c’est assez sécurisé, il faut y aller avec sa carte d’identité, on passe un certain nombre de barrières, en gros c’est un immeuble sans fenêtres avec des grosses clims, des barbelés, une porte blindée, des portiques, faut badger, et à la fin on arrive devant la baie et il faut des codes pour ouvrir la baie et accéder au serveur physique.

5. Dans quel écosystème glabougnez-vous ?

L’écosystème du spectacle c’est par là qu’on a commencé à fournir des services à des collectifs, on est au théâtre de l’Élysée ça a été nos premiers usager·ères tests avec qui on s’entend très bien. Moi par ailleurs je fais de l’administration de production dans le spectacle, on est dans les mêmes groupes d’amis avec des comédien·nes et des musicien·nes depuis très longtemps, par ces entrecroisements on s’est mis à pas mal accompagner des compagnies et théâtres, celles avec qui je travaille dans mon bureau d’administration et de production Bal de Loutres
Y a aussi une compagnie à St Etienne la dernière baleine, un collectif de musique en savoie les mineureuses, pas mal de choses, des collectifs et compagnies de spectacle vivant dans toute la région.
Ces liens-là nous ont amené naturellement à nous rapprocher d’autres structures comme le théâtre des clochards célestes qui commence à utiliser notre nextcloud, le site du festival sens interdit, un super festival de théâtre international à Lyon qui fait venir des compagnies issues de pays où les artistes subissent censure et oppression. Pour certaines assos des fois on se contente juste de gérer un nom de domaine et la boite mail qui va avec, comme le GEIQ théâtre (l’asso qui gère le compagnonnage de théâtre)

On va pas citer tout le monde mais y avait aussi la psycho-team d’auvergne rhône-alpes un collectif de psychologues qui voulait proposer du soutien psy dans les luttes, un collectif qui s’appelle Oblique Oisans qui veut fédérer les luttes locales autour de l’accaparement des terres, le tourisme en station et avoir un regard critique sur les politiques publiques du territoire, ça se fait au gré des rencontres, comme Ville Morte ! Tous les collectifs qu’on héberge c’est des personnes qu’on a rencontré dans la vraie vie, on les connaît ou on connaît des gens en commun, on garde une proximité avec toutes les personnes qui utilisent nos services, ça permet aussi de rester à une assez petite échelle sans investir dans du matériel ou se poser la question du financement.
Pour l’instant ça tourne toujours sur le serveur de 2012 et ça reste gérable.

6. Pourquoi n’êtes vous pas CHATONS ?

On s’est constitué en 2018 en même temps que Framasoft, grosse asso d’éduc pop et défense des libertés numériques basée à LYON, lançait l’initiative CHATONS. On a complètement choisi un nom en fonction de ça, avec un acronyme récursif. (« Force d’Émancipation Locale pour l’Indépendance et la Neutralité du Net« ). Au final on est sympathisants mais on en fait pas officiellement parti. Ce qui fait sens c’est la dynamique collective plutôt que le « label », ça prend déjà du temps la FELINN, et rentrer dans le collectif sans y mettre de l’énergie et participer à la gouvernance ça a pas trop de sens.
On s’inscrit dans d’autres dynamiques collectives du numérique et du libre, on a pris une direction qui nous convenait mieux et répondait à nos besoins. Aujourd’hui y a d’autres gros changements, on connaît plus personne à FranceIX (ex-Rezopole), on sait plus trop ce qu’on fait là bas, on a besoin de plus de stabilité : on a contacté Grenode une structure de structures (une asso qui regroupe d’autres assos) dont le but premier est de mutualiser des ressources matérielles (data-center) et logiques (adresses IP, services, systèmes autonomes*…) qu’on a intégré depuis mars 2025. L’idée c’est de migrer tous les services de la FELINN sur les hyperviseurs de Grenode qui se trouvent à Grenoble. [Ndlr : ça a été fait cet automne]

*AS51083
7. Vous êtes combien, avec quel modèle économique ?

On était 4 depuis 2018 et on est 5 depuis début 2025, ça nous a obligé à réviser nos statuts, repenser le fonctionnement pour l’actualiser et permettre d’accueillir de nouvelles personnes. Au début on a fait beaucoup de technique, maintenant il faut qu’on s’occupe de la structuration, de la vie associative, de l’éducation populaire, la transmission… Appel aux bonnes volontés !

On est globalement bénévoles, sauf l’an passé avec une aide du département qui a permis de financer un poste à mi-temps sur un an.

8. Vous connaissiez déjà Ville Morte ?

[Collectif] OUI !!

L’agenda (Gancio) et le forum (Flarum) sont chez nous. On héberge un flarum privé pour des amis, on a aussi un wordpress mutualisé parmi nos services, avec plein de sites dessus. Ce dont bénéficie Ville Morte c’est un VPS (Virtual Private Server) = une machine virtuelle complète sur laquelle vous êtes autonomes car vous avez une équipe capable de la maintenir. On en a très peu (3), c’est une ressource précieuse et c’est rare que les gens soient chauds de s’occuper d’un serveur. La très grande majorité de nos prestations c’est sur des logiciels qu’on héberge nous mêmes (SAAS) et qui sont mutualisés. Ville Morte vous avez votre machine virtuelle avec la main sur vos services.

Flarum : avant on hébergeait Discourse, mais c’était trop une usine à gaz, on voulait juste un forum pour nos amis, des petits espaces d’organisation. En cherchant des alternatives on est tombé sur flarum, très léger, très bien développé, très malin, très vite adopté ! L’interface est très sobre mais fortement personnalisable. Ils préparent encore la V2 qui va sortir fin 25 début 26 [Ndlr ha eux aussi]
Voilà un cas typique où on a remplacé un logiciel gourmand en ressources par un logiciel beaucoup plus économe.

Gancio : j’en ai entendu parler au Hackmeeting en italie, un regroupement annuel de hackers dans le milieu squat/autogestion qui sont réunis autour des hacklabs, des hackerspaces non start-up, c’était développé par le hacklab de Turin, j’avais vu une présentation c’était très convaincant mais je l’ai jamais testé vous avez été les béta-testeurs !

9. Vos Spots lyonnais prefs :

Théâtre de l’Élysée
Grrrnd Zero
J’allais beaucoup à l’ancien CCO Jean Pierre Lachaize pour des concerts de métal (le nouveau CCO)
pour le métal, Rock n eat le format est pas mal, j’aime bien le bar des capucins même si le son est pas terrible, le warmaudio est très chouette
La clef de voûte pour le jazz
Le Rita Plage à Villeurbanne c’est vachement bien !
A l’origine on était tous de Lyon maintenant y en a plus qu’un !

10. L’actu à venir

– Une soirée pour présenter GRIST un nouveau service qu’on héberge
(NDLR : l’article a tardé à mort la présentation a déjà eu lieu et GRIST c’est le feu)
– On a envie de faire des événements sur plein de sujets, c’est un peu compliqué car ça prend beaucoup d’énergie, mais présenter des services en particulier ça marche mieux, c’est plus clair, ça empêche pas de parler de tout le reste. On va faire notre AG début 26 et en profiter pour discuter en profondeur de notre modèle associatif, notamment pour avoir une communication plus régulière auprès de nos usager·es 🙂
– Depuis un bon moment, on a aussi projet de faire une présentation/workshop sur la sécurité informatique à destination des militant·es. C’est notamment porté par Wilsaar, le plus récemment embarqué dans l’équipage de la FELINN.

A venir ! Lors des Journées du Logiciel Libre les 30 et 31 mai à Lyon, retrouvez la FELINN sur deux interventions :

– Samedi à 14h avec Ville Morte : https://pretalx.jdll.org/jdll2026/talk/SKMFWJ/

– Samedi à 16h autour des cyberviolences sexistes : https://pretalx.jdll.org/jdll2026/talk/RAAHNG/

11. Dernière question : connaissez-vous Agnès Gayraud a.k.a. La Féline ?

Non !



(La même question a été posée à Agnès Gayraud qui ne connaissait pas non plus felinn.org les présentations sont faites, peut-être l’occasion de réparer le site de La Féline !)

 

 

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