Félicité.land : Ventoline, LYL radio, Affichisme & Grnd Zero…

Félicité Landrivon ne vous est sûrement pas inconnue, et même si son nom ne vous dit rien vous avez probablement déjà vu ses affiches, pour Météorites ou Grnd Zero, sauvagement collées sur les plus chanceux des murs lyonnais. C’est aussi une figure tutélaire (totémique ?) pour Ville Morte puisqu’elle nous accompagne depuis nos débuts (et c’est même elle qui a trouvé le nom !). En attendant le découvre-feu on fait le point avec elle sur ses activités covid-compatible : son nouveau fanzine et son émission de webradio.

Sur insta : @brigadecynophile > https://bibliogram.art/u/brigadecynophile
Vous pouvez commander le retirage du 1er numéro de Ventoline sur https://ventoline.octavie.club/

Ventoline

 
Ventoline c’est un fanzine de musique dont la seule exigence est qu’il soit écrit et illustré uniquement par des femmes. Je n’en pouvais plus de ne voir que des hommes commenter, prescrire, critiquer la musique entre eux, et que la parole des femmes reste remarquablement inaudible dans ce domaine. J’ai eu un déclic notamment sur les réseaux sociaux, où je ne voyais que des mecs publier des Top 50 de fin d’année et s’inviter les uns les autres à partager des disques comme s’ils étaient les seuls à écouter de la musique.
Ce projet est aussi étroitement lié à mes activités ces dix dernières années, à organiser et fréquenter énormément de concerts, donc de filles impliquées dans cette scène, et au fait d’être devenue graphiste, et donc d’avoir envie de mettre en page du texte et des images.
Pour le premier numéro j’ai constitué un sommaire avec des amies, des copines, des filles dont je me sens proche, que j’ai pas mal côtoyées, qui m’ont marquée, qui sont trop fortes. Dès le départ je voulais aussi croiser l’univers de l’image et celui de la musique, qui en réalité sont inséparables, et qu’il y ait des dessinatrices qui parlent de musique, et à l’inverse des musiciennes qui dessinent. Ne pas enfermer ces récits dans du pur discours écrit, mais permettre des formes plus hybrides et imagées. J’ai enclenché le projet peu de temps avant le confinement, donc il a avancé à un rythme un peu bizarre, et j’ai fini par me fixer une deadline de sortie au début de l’été sinon ça repoussait à la rentrée. J’en ai tiré 400 exemplaires, et j’ai quasi tout vendu en 2 semaines : vente directe, par correspondance, dépôts en librairies, distros, disquaires etc. Ca a bien marché pour différentes raisons : il ne se passe rien en 2020, l’audience visée est large puisque ça brasse musique, graphisme et féminisme, et j’imagine que, sur ce dernier point, ça fait écho aux gros remous actuels, y compris dans les milieux underground soit-disant progressistes. Pour autant, je n’ai pas spécialement cherché à prendre ce train-là en marche.
Ventoline est d’abord le produit d’un long parcours personnel au bout duquel il semblait évident que pour être respectées il faut bien sûr dénoncer tout ce que l’on subit, mais aussi mettre en avant tout ce qu’on connaît ou fait de cool*.
C’est cet aspect-là de la lutte qui m’intéresse et j’ai envie de mettre à profit mes ressources et mon réseau pour ça. Actuellement le numéro 2 est en préparation pour une sortie cet hiver, j’espère continuer à sortir deux numéros par an, si le monde n’explose pas entre-temps.
Vous pouvez commander le retirage du 1er numéro de Ventoline sur https://ventoline.octavie.club/


Un fanzine en 2020 c’est pas un peu anachronique ?

Pas du tout, d’une part parce que le monde de l’édition et de la micro-édition se porte bien, d’autre part parce que je ne suis pas persuadée qu’internet fasse le job. Certes, à la fin des années 2000 j’ai construit une bonne partie de ma culture musicale grâce des blogs qui faisaient des chroniques de disques avec des liens de téléchargement, des sortes de fanzines en ligne de gros nerds. Mais je ne lisais pas tant les textes, je me contentais de les parcourir en diagonale et de cliquer sur les liens de téléchargement. J’ai l’impression qu’avec la chute de Megaupload & cie et l’avènement du streaming cette mode des blogs s’est éteinte, ou a éventuellement laissé place à des webzines plus construits mais qui ne m’intéressent pas plus que ça, allez savoir. Le paradoxe du papier c’est qu’il est moins interactif, mais du coup plus immersif. En tout cas je préfère lire un zine imprimé plutôt que sur un écran, au milieu de 45 onglets ouverts, sur une page moche remplie de choses qui vont parasiter ma concentration déjà hyper limitée. Ces dernières années aussi j’ai vu passer beaucoup de zines de BD/graphisme ou de zines militants, mais finalement pas tant de zines de musique. Ceux qui m’ont le plus donné envie d’en faire sont des publications punk comme Maximum Rock’n’Roll ou Freakout! et Psycho Disco ensuite, et à côté je suis aussi abonnée à Audimat. Des références a priori assez éloignées, surtout sur la forme, mais que je trouve intéressant de croiser plutôt que de les opposer.
Le fanzine, comme son nom l’indique, c’est un truc de fan. Autrement dit, d’amateur, sincère et désintéressé, qui cherche juste à partager son expérience et son enthousiasme.
On a tendance à nous faire croire qu’il faut être un professionnel (musicien, producteur, journaliste, promoteur, RP etc) pour parler de musique de façon légitime, alors que ces discours sont souvent intéressés, mercantiles et remplis de bullshit. Ces dernières années j’ai l’impression d’avoir subi la lecture de beaucoup de textes très insipides sur la musique, sur les groupes et les concerts comme produits de consommation. On tombe sur des critiques bien plus géniales dans des commentaires Youtube ou accoudés à un comptoir de bar que dans les inrocks ou des newsletters de tourneurs.

Comment écoutes-tu la musique ?

J’écoute tout sur MP3 même si je continue à collectionner des disques et cassettes. Je n’ai plus de platines ni de lecteur cassette depuis longtemps donc c’est pour le pur kif d’avoir l’objet chez soi.

Tes chouchous de la scène lyonnaise du moment ? Et à Portland où tu as des liens ?

A Lyon c’est évidemment Société Etrange et à Portland c’est évidemment Lithics.

Lyl Radio

Lyl Radio c’est une webradio musicale à la programmation se voulant pointue et éclectique, fondée à Lyon il y a 6 ans et qui a aussi ouvert des studios à Paris et Bruxelles. J’ai une émission mensuelle sur Lyl depuis janvier 2017, “Brigade Cynophile”, un blase que j’utilise aussi en partie dans mon activité graphique. J’y passe de tout, enfin dans la limite de mes goûts musicaux qui sont relativement variés mais pas trop non plus. En réalité je n’écoute pas de musique quotidiennement, loin de là, mais préparer ces mix tous les mois m’oblige à me faire un shoot régulier, et en général je me réveille 3-4 jours avant la date de l’émission. Il y a plein de chemins possibles pour préparer un mix, j’essaye de déjouer les algorithmes et de ne pas écouter que des choses évidentes pour moi, ni imposées par une actualité musicale que je ne suis pas, je ne lis pas non plus de médias culturels. Je vais juste m’informer à la source sur les sorties des labels que j’aime et je glane des morceaux au fil de mes rencontres fortuites, de mes errances sur Youtube et d’échanges avec des ami.es aux goûts sûrs, et pas forcément identiques aux miens, et je peux aussi replonger dans le passé à travers la discographie de tel label ou tel groupe important. Souvent je prends en photo un écran de téléphone ou d’ordi sur lequel passe un morceau que j’aime bien pour ne pas l’oublier.

2020

C’est une période très bizarre et déstabilisante, rien de très original. Étonnamment les concerts ne me manquent pas tant, sans doute que je saturais, ce qui me manque surtout c’est de pouvoir voyager loin.

Pires et meilleurs souvenirs de concert ?

J’ai environ 3 millions de souvenirs qui ne sont ni pires ni meilleurs les uns que les autres, et puis ça dépend des critères. Dans les pires souvenirs il y a par exemple la dernière fois que Xiu Xiu a joué à Grnd Zero, Jamie Stewart était odieux sur scène et ça a créé un gros gros malaise général (plus tard il a annoncé publiquement qu’il partait se faire soigner pour “problèmes de santé mentale”). Aussi la fois où je me suis pliée en quatre pour faire un catering sans gluten ni lactose pour Ariel Pink et qu’il a finalement décidé d’aller manger un kebab en galante compagnie. Comme quoi il faut toujours se méfier des riders. Pendant le concert, le groupe a annoncé la mort de Michael Jackson entre deux morceaux et c’est parti en boum jusqu’à tard mais là je divague…

Dans les meilleurs souvenirs il y a certains des concerts que j’ai organisés récemment (en vrac, Lithics, Exek, No Age, Mdou Moctar, DUDS). C’est toujours un gros investissement physique, psychologique voire financier d’organiser une date, donc quand ça se passe bien à tous les niveaux et qu’en plus on reste lié aux groupes qu’on aime, qu’on se revoit, qu’on collabore, c’est tout bénef. J’ai compris qu’il fallait dépasser le cadre événementiel et le simple rapport orga/groupe afin de créer une relation dans le temps, sinon c’est beaucoup trop ingrat comme activité (bénévole, qui plus est). Sinon en tant que spectatrice j’ai sur-trippé devant Hermine Demoriane et Dylan Carlson à Sonic Protest l’année dernière, j’ai pleuré il y a fort longtemps devant Young Marble Giants, Tenniscoats ou Fendika, et j’ai des souvenirs dingues de Mystic Inane et Uranium Club en 2017 à GZ, ainsi que du tout premier concert que j’ai vu de France en 2011 en Belgique.

* “cool” au sens de “bien” et pas de “hype” mais je vous laisse demander la définition complète de “cool” à Jacques Masson

publié par

Stiol

"Le cerveau de Ville Morte"

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